Une rencontre avortée

By | 26 octobre 2017

Ma chère Virginie,

Je vois à ta tête interrogative (oui, celle là ) la crainte de te retrouver face à la mer à une inconditionnelle de ta personne (peut être plus que de ta plume), te prenant immanquablement pour sa BFF (soi-dit en passant, jusqu’à peu j’ignorais totalement la signification de cet acronyme barbare et j’avais décidé qu’il s’agit de Bite Foufoune Fellation… oui je suis vieille ça se voit clairement).

N’ais pas peur !

Ne t’enfuis pas, il n’en est rien. On ne se connaît que par le biais de quelques MP échangés (tu sais, la juriste relou, c’est moi).

Tu avais également pris le temps, plusieurs mois après, de répondre au mail que je t’avais envoyé pour te poser quelques questions que je comptais publier sur feu mon ancien blog avant de faire gagner ton avant dernier roman. Oui tu l’avais pris le temps de t’excuser de cette absence de réponse, alors que je ne t’avais même pas relancée. Ni insultée, encore bien moins menacée de ne plus te lire, un comble !

Je suis enfin celle qui n’hésite pas à parler de mon rêve où tu apparaissais avec ton homologue masculin de bienveillance, le merveilleux Baptiste Beaulieu et où je me réveillais les yeux humides et le cœur empli d’une énergie que je n’avais pas connue depuis longtemps.

Ma chère Virginie, tu représentes avec 3 autres auteur.e.s dont je saurai parler plus tard, le moteur de ma motivation lorsque cette dernière se grippe, toussote, crachote et manque de caler en plein effort. Tu représentes cette nouvelle vague de dompteuse de plume qui sait allier respect de l’autre et popularité. Qui sait partager tout en se protégeant. Qui érige des murs pour calfeutrer sa vie privée tout en n’hésitant pas à partager, encore et encore.

Je ne suis toutefois pas une fan dans son acceptation littérale la plus simple : je ne t’aime pas à l’excès, je ne te traque pas, tu n’es pas ma meilleure amie car tu auras échangé 4 mots avec moi, je ne me rêve pas avec toi à mes côtés sauf dans un domaine professionnel que je m’espère futur. Non, je n’ai pas de poster de toi dans ma chambre. Je ne me caresse pas en t’imaginant dans une pose étonnante en l’attente d’une épilation improbable, non non.

Non mais je t’admire, comme on admire les personnes qui vous font du bien, qui vous touchent, qui vous font rire et pleurer dans la même phrase. Je t’admire, parce que depuis le temps que je te suis, que je te lis, tu n’as pas changé

Un rêve qui s’appelle Toulouse

L’un de mes rêves avoués est de te rencontrer. Te regarder en face, te dire, mes yeux bovins brillants plantés dans les tiens souriants et un brin moqueurs (ça je ne sais pas, mais tu aurais le droit) tout ce que je t’écris aujourd’hui. Repartir avec un exemplaire dédicacé qui deviendrait mon anneau, mon unique, mon précieux (ou la preuve que je pourrais fièrement exhiber que, non, je n’ai pas mythoné (oui : mythoner = cuisiner la vérité) notre rencontre).

Il y a quelque semaines de cela, tu as annoncé que tu venais à Toulouse. j’ai bondi de joie. Mis une alarme pour la veille sur mon téléphone au cas où j’oublierais ce que je me sais incapable d’oublier. Et j’ai tout imaginer. On aurait rigolé 2 mn, même que mes jeux de mots, plein d’intelligence et d’à propos t’auraient surpris et peut être même amusée. Je serais repartie le cœur en fête et les mains serrant fièrement ton livre et ta dédicace et toi, tu serais passée à une autre admiratrice en te disant que ta venue à Toulouse est un vrai succès.

C’est comme cela que je me suis imaginée notre fugace rencontre. De tout cela il ne restera qu’une certitude que je peux partager avant même qu’elle n’arrive : ta venue sera un succès.

Une réalité qui s’appelle timidité

Mais je ne peux pas venir. Matériellement, cela aurait été jouable. Je serais sans doute arrivée un peu juste, mais qu’importe, je t’aurais attendu la soirée s’il le fallait. De l’envie? j’en ai à revendre, j’ai ce moment en tête depuis trop longtemps pour ne pas le croire un jour possible. Alors quoi? Alors je laisse ma timidité m’envahir et prendre son rôle qui lui convient le mieux : me faire perdre mes moyens. Elle a réussi. A quoi ça sert de venir de dire combien j’admire ton travail et combien ta personnalité est troublante et attachante si ces mots ne sortent pas de ma bouche ou dans une bouillie inaudible? à quoi bon faire une queue de plusieurs heures si je panique à l’idée de me retrouver devant toi? A quoi bon…?

Je n’aurai pas mon exemplaire dédicacé, pas cette fois. Un jour peut être, mais pas ce soir.

Mais j’aurai toujours mon regard bovin pour chialer sur cette timidité envahissante qui m’empêche, là de suite, de faire la rencontre, aussi fantomatique soit-elle, que j’attendais depuis longtemps.

Alors je ne t’insulterai pas, ni te menacerai. Je continuerai à lire tes livres, tes messages avec autant de plaisir qu’avant, même que te voir enroulé dans un plaid-moumoute tel un burrito pas frais continuera également à me faire rire.

Merci pour tout et profite de ton séjour en terre toulousaine. Ils sauront t’accueillir comme ils ont su le faire avec moi il y a 17 ans.

Si tu veux partager, n'hésite pas !Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

4 thoughts on “Une rencontre avortée

  1. Hara-Kiri

    Je souris parce que je me retrouve dans ce billet. Il y a quelques années, je suis allée à un salon du livre pour rencontrer Henri Loevenbruck, ne sachant pas comment ça se passait tout ça, j’avais prévu d’acheter son dernier bouquin et de demander une dédicace… En fait, la dédicace je m’en foutais, je voulais juste rencontrer l’auteur et l’homme, voire discuter un peu. Je suis passée quinze mille fois devant sa table, je l’ai regardé et j’ai fui. Incapable de lui parler. Quelques années plus tard, Baptiste vient au même salon (à Limoges), je prévois d’y aller avec une amie, et pas trop en forme ce jour là (on va dire ça) j’annule. Elle y a été. Toute seule! A adoré Baptiste, l’a trouvé grand et timide, lui a offert des gâteaux sans gluten, et me l’a décrit comme super gentil. J’ai regretté. On ne se refait pas, on peut passer par dessus la timidité mais elle reste là, tapie, attendant son heure. Je me suis battue contre la timidité toute mon enfance, forcée par mes parents et me bats encore adulte, j’arrive mieux à camoufler, on me dit asociale, je suis juste une môme paralysée. J’ai vaincu plein de situations difficiles, m’en suis sortie avec fierté, en tant que maman surtout, mais je reste une gosse timide au fond de moi. Alors, je comprends et si quelqu’un a une recette, je prends.

    Reply
    1. Stéphanie Post author

      oui, c’est tout à fait cela : on peut passer par dessus la timidité mais elle est toujours là. J’adore Agnès Bihl. Je l’ai vu 2 fois en concert, et me suis retrouvé comme une quiche devant elle, et encore, une quiche pas fraîche : une photo a été prise, on a l’impression que j’ai bouffé une famille de balai. Par le mauvais sens. Pas par la bouche.Tout comme toi, on peu me trouver asociale, froide, distante, et c’est juste que je n’arrive pas à être autrement. Mes gamins m’ont appris à me surpasser, je suis fière d’être la référente de l’équipe de basket de mon grand depuis 5 ans, même si chaque année cela me demande des efforts terribles.
      Mais putain que cela fait du bien de me lire à travers tes mots, ton expérience <3

      Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *