Rubiel, Vincent et moi

By | 1 novembre 2018

Mon cher Vincent,

J’ai, au départ, eu l’envie de chroniquer ton livre. Comme les pros quoi. Seulement, je ne suis pas pro et je ne chronique pas, c’est ballot. Je me contente de mon ressenti. Je me suis donc tournée vers ce que je maîtrise le mieux : le monologue. Tu ne m’en voudras pas, mais je vais beaucoup parler dans cet article. Te parler plus exactement, te dire tout ce que je ne te dirais jamais si d’aventure l’on se retrouvait face à face.

Au fait, je me permets de te tutoyer comme je le fais depuis plusieurs années déjà. Cela fait un long moment que je te suis, tu sais, plus ou moins de loin, grâce à l’étonnante Julie De Lestrange que j’aime quand même au moins autant que toi, je ne vais pas te mentir. Je t’ai donc découvert discrètement, puis de plus en plus près, dans une approche digne d’un paradisier :

Oui au départ, j’ai failli céder à la tentation de devoir te plaire. Une foule de comptes gravitait autour de toi, semblant de connaître, pire te comprendre, et la question m’a effleurée de sortir de cet anonymat dans lequel je me sens bien, afin d’attirer ton attention.  Mais cela n’a pas duré. Parce que rapidement, par tes textes, tes petites réponses, ton humour – ou pas, j’ai senti qu’il n’était pas nécessaire d’être différente de la femme que je suis habituellement. De toutes les manières, je n’aime ni tricher ni mentir, cela requiert une concentration que je me refuse à avoir au quotidien. J’ai commenté – un peu, partagé – souvent, survécu à 2 purges de ton compte, mais surtout beaucoup appris. Sur la manière de jeter des émotions sur une feuille. Non que je sache le faire, mais j’ai compris que cela était possible, combien la force du Verbe pouvait être grande.

Je vais te l’avouer, il est arrivé que tu m’agaces. Un peu. Ton dédoublement de personnalité m’a laissé ce goût étrange dans le cœur : celui qui te fait hésiter à en redemander ou à ne plus jamais vouloir y goûter. Et c’est là que ton talent est déroutant : je ne t’en ai pas voulu, j’ai applaudi la démarche et j’ai continué à te suivre.

Depuis plusieurs mois, tu partageais déjà cette difficulté à être pleinement « Vincent ». Je la comprenais comme une peur de laisser Rubiel disparaître, s’effacer doucement, alors qu’il fait partie de toi :  grâce à ce petit garçon d’hier,  tu es devenu cet homme d’aujourd’hui.

A sa sortie, je me suis précipitée sur ton livre. Je savais que je n’aurais pas « d’effet » de surprise, comme toutes ces personnes te suivant sous les réseaux sociaux. J’espérais avoir un effet de plaisir à te découvrir dans l’intimité de mon lit, à te feuilleter, caresser tes pages, revenir en arrière, accélérer la lecture puis me replonger dedans sans pudeur.

C’est ce qui s’est passé. Je me permets de copier-coller le résumer de ton livre, ne serait-ce que pour donner l’envie  de te lire à ceux ayant la chance de ne pas te connaître : je dis la chance, car ils ont tout ton univers à découvrir et donc tout loisir de s’émerveiller d’une première fois que je regrette presque, tant elle fut savoureuse.

Mais bref, passons et revenons à notre Rubiel e(s)t moi :

 » Si je devais me souvenir d’une chose, d’une seule chose, ce serait la vision des murs gris de l’Orphelinat du Bienestar de Medellin et des portes qui claquaient lorsque nous courions dans les couloirs, le bruit sourd de mes pieds nus sur le parquet de bois délavé et poussiéreux. Oui, d’aussi loin que je me souvienne, la couleur n’existait pas.

Je suis né en Colombie, à la fin de l’année 1987, mais je n’ai commencé à vivre qu’en 1991. « 

Ton livre, cher Vincent, tu le décris comme une autobiographie fictive. Je le savais mais je me suis laissée prendre au jeu de ton écriture. Durant plusieurs pages, je t’ai oublié. J’étais en Colombie. Je vibrais pour Rubiel. Je voulais lui tendre la main, le ramener avec moi et lui offrir ce que sa vie ne lui avait pas donné enfant, le remuer, lui donner plus de hardiesse, j’ai voulu bousculer le destin pour qu’il lui offre ce qu’il méritait adulte, j’ai été fière de lui, j’ai pleuré ….

C’est une ode à la vie, entre ce qui aurait pu et ce qui est !

Et toi dans tout cela, tu doutes. De toi, de ce que tu es : un écrivain ou un auteur ? Un homme  ou encore un jeune garçon ? Légitime ou absolument pas ? Là seule certitude que tu possèdes, c’est d’être amoureux. De C. au sourire défiant toute forme de ténèbres, des autres et des échanges que tu inities. Tu expérimentes le bonheur comme tu as pu expérimenter la noirceur. Peut être vas-tu y prendre goût ?

Il y a quelques semaines tu étais à Toulouse pour une séance de dédicace durant laquelle tu as pu goûter à cette popularité que tu sembles avoir du mal à t’autoriser. Je n’y suis pas allée. Comme je n’avais pu aller voir Ginie Grimaldi ou Baptiste Beaulieu lors de leur séance respective. Je n’aurais rien eu de très intéressant à te dire, et le trouillomètre au maximum pour le faire. Aussi, aujourd’hui, à chaque fois que je prends le métro, je me surprends à observer chacun des usagers, espérant t’y croiser entre deux rames. Je n’aurais pas plus de choses intelligentes à te raconter, je ne t’aborderais pas non plus, mais je saurais savourer cette chance d’une promiscuité que je serais  seule à ressentir.

Merci pour Tout.

Stéphanie

 

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