Les leçons de Gaëlle

By | 17 juillet 2018
 
Gaëlle,
Ou Janis, toi qui utilisais ce pseudo en hommage à cette musicienne libre et rebelle que tu affectionnais et à qui tu ressemblais tant, jeune.
 
Presque 5 ans.
5 années à penser à toi à chaque fois que je prends ma plume, que je pose 3 mots sur le clavier, que j’essaie de les enchaîner avec la même grâce et la même violence que tu savais si bien manier.
 
J’ai fait du ménage dernièrement. Je te surprends, toi qui me disais que j’étais incapable de jeter le moindre échec, pour ne pas oublier. J’ai recherché mes anciens textes, pour en retravailler certains, en jeter d’autres. Pour avancer. Tu sais, toi qui ressassais qu’il fallait que je prenne l’écriture comme du bon vin et que je devais parfois la laisser décanter. Moi qui ne bois jamais et qui suis parfois trop impatiente ou impulsive avec mes écrits, je me suis surprise à t’écouter. Même si tu n’appliquais pas toujours le même précepte, pressée que tu étais de vivre avant que l’on t’en enlève le droit.
 
J’ai relu, j’ai jeté, j’ai grimacé, j’ai jeté encore, j’ai pesté, j’ai travaillé, je me suis invectivée, j’ai jeté, j’ai levé les yeux aux cieux…
 
Je t’y ai vue.
 
Je me suis rappelée chaque conseil que tu m’avais donné, chaque critique que tu me distillais avec ta gouaille et ta bienveillance, aussi légendaires l’une que l’autre.
 
Toi et ta vie aussi riche que Crésus, toi l’instit’ grâce à ton bac + 3 mômes.
 
Toi qui me ridiculisais au scrabble, moi qui t’avais fait rire en gagnant superbement une partie avec l’aide d’un anagrammeur : faute avouée dès la victoire prononcée : je n’aime ni le mensonge, ni le gain sans peine. J’ai adoré par contre ton rire comme un verre qui se brise encore et encore.
 
J’ai en tête l’invitation à ton festival du potager, ou des carottes, enfin, un légume du genre, où je n’avais pu me rendre puisque les dates correspondaient à la rentrée scolaire de mon grand. Pas grave, tu me disais, je sais que tu seras là un peu avec nous.
 
J’ai en mémoire le jour où Pascale avait annoncé une bonne nouvelle te concernant, je pensais à une rémission, moi. Tu seras finalement publiée chez Buchet-Chastel, c’était ça cette super nouvelle, tu en étais fière et tellement pudique à la fois. Presque gênée.
 
J’ai le souvenir de la joie de t’annoncer qu’enfin y aurait un deuxième mini-moi dans la famille.
 
J’ai en tête le fait d’avoir attendu pour t’annoncer le sexe, tout ne s’étant pas déroulé comme je le voulais, avec la peur de la perdre. Je voulais te dire : tu vois, j’ai ma mini-Janis, elle aura le même caractère que toi, j’en suis certaine. Tes enfants auront le leur, sans doute un peu du tien, et peut être un peu de moi, s’ils apprennent la liberté, tu m’as dit. Tu ne le sauras jamais, mais j’y veillerai.
 
J’ai en tête ta dernière plongée. Je reviens dans quelques jours, ils me filent de l’EPO, tu verras, l’an prochain je fais le tour de France, tu m’as dit. Je vais être sonnée, tu sais ce que c’est, alors à bientôt.
 
Seulement, tu as plongé trop loin.
Tu n’es pas remontée.
 
On n’aura jamais la chance de refaire le monde à notre image. Je garderai nos discussions par mail, qu’il m’arrive de relire pour faire monter le trop-plein au bord de mes paupières.
Je suis une pleureuse, je te disais. Tu es une sensible qui ne sais pas cacher, tu me répondais.
Je garderai nos discussions de scrabble, quand je te regardais jouer parce que je râlais de me faire humilier. Pour la forme, car j’admirais ta dextérité littéraire, toi qui pensais avoir la culture d’un potager.
 
Il y a des jours où, lorsque je me réveille, j’ai la lourde sensation qu’il va se passer quelque chose. Tu sais, ces jours où tu te sens mal sans raison apparente. Et il y a des jours où je me sens mal pour quelque chose qui s’est déjà produit.
 
Merci de me laisser penser encore à toi et de me rappeler, ces jours qui pèsent, que j’ai eu la chance de frôler ta vie.
 
Stéphanie

 

 

 

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