les chevaux de ma vie

By | 7 décembre 2018

Un centre pas comme les autres

Lorsque j’étais jeune, j’aimais, que dis-je j’adorais, monter à cheval. Jusqu’à ce que je parte de ma Franche-Comté natale, je montais au moins une fois par semaine. Dans un petit centre équestre à quelques kilomètres de Besançon.

Cela faisait quelques années que je le fréquentais. Un peu par hasard, je l’avais découvert planqué dans ma pampa comtoise. Il ne payait pas de mine : de grandes écuries qui avaient vécu, avec toutefois tout le confort indispensable à leurs occupants. Une maison tout aussi ancienne, meublée de bric et de broc mais extrêmement chaleureuse. Daniel, son propriétaire, un amour d’homme. Il avait l’âge d’être mon père (assurément moins con), peut être un peu plus jeune. Il m’a de suite plu avec ses grands yeux bleus plein de malice et d’intelligence.

J’ai pris une première carte d’abonnement. Pour 20 cours, 200 francs. Les 5 premières leçons, je les ai faites normalement : une heure de balade ou de manège. Le samedi généralement. Mais cela devenait un peu compliqué : je bossais mes cours puis je bossais tout court en parallèle : le samedi, les dimanches matin, parfois en semaine également.

En outre, le cadre des leçons ne me convenait pas vraiment : je voulais apprendre les rudiments, savoir tenir sur une selle, trotter, galoper, mais faire des voltes, des demies-voltes, des voltes renversées… J’aime la relation avec l’animal, pas la technique qui va derrière. Daniel l’a rapidement vu. Alors il m’a proposé de venir le matin, avant la fac. J’ai commencé un mois de Novembre : je prenais souvent le Droit aux alentours de 9h30. A 7h30, j’étais au centre. Nos chevaux étaient prêts,  et on partait se balader en forêt : dans le brouillard, de nuit, puis on assistait au lever du soleil, nos montures et nous. Puis il me prêtait sa douche et je repartais étudier.

La première carte d’abonnement m’aura fait 4 années :  Daniel était un chouette bonhomme aux valeurs humanistes et à l’humour pétillant. ll me disait que je le payais par tous ces moments passés à galoper, rire, parler de tout et de rien, parfois même à me taire.

Mes chevaux et moi

Les premiers temps, j’en ai écumé des canassons : des mâles, des juments, des grands, des très grands, des trop trop grands… Il fallait que je  trouve ceux avec lesquels je serais en harmonie : en gros : rassurant, pas trop chiant, suffisamment libre mais toutefois un peu collant et surtout qu’il ait confiance en moi : bref, je cherchais la version équine de ce que serait mon futur ours !

Très rapidement, mon cœur a battu la chamade en harmonie avec 3 des chevaux de Daniel. Ceux qui n’étaient pas forcément retenus pour les cours, ceux qu’on ne cajolait pas toujours, mais les meilleurs que je n’ai jamais montés.

Stewball le père tranquille

Lorsque nous pensons cheval, c’est immédiatement ce type d’image qui nous vient à l’esprit :

Alors quand on propose un percheron pour se promener ou apprendre à monter, très souvent c’est le refus qui était prononcé. Moi mon percheron je l’adorais. Il était vieux, mais d’un calme qui me rassurait. J’ai appris à galoper sur son large et confortable dos. Il se laissait brosser pendant des heures, il lui arrivait même de ronfler alors que je le nettoyais.

Alors oui, un percheron c’est un cheval d’attelage, mais c’est aussi compagnon tranquille et rassurant (sans compter son large dos,  assise fort confortable pour mon arrière-train !).

Dan le gourmand

Le second cheval que je montais régulièrement était un estomac sur pattes. La moindre herbe, la moindre pomme sur arbre, la moindre carotte dans mes poches, il les reniflait à 15 kilomètres. Dès qu’il me voyait arriver, il fonçait pour coller son museau dans ma veste ou mon pantalon et y chercher de quoi se remplir la panse. On l’a surpris à maintes reprises la tête dans ma voiture, par une fenêtre laissée ouverte, entrain de renifler chaque siège à la recherche de la miette égarée. Il était rapide, mais sur de courtes distances, préférant le champignon ou la luzerne aux longs galops à travers champs. Daniel me dit un jour :
– tu sais d’où lui vient son nom ?
– euh …. non…
– C’est le diminutif de Daniel.
– rhoooo le mégalo qui appelle son cheval comme lui, pourquoi pas junior tant que tu y es !
–  non pas comme moi. Tu sais ce qu’il préfère manger ce goinfre ? Bah, l’avoine !

oui, il avait surnommé son cheval Dan(iel) Bah L’avoine ….

Corrado le miraculé

Le cheval que j’ai le plus monté, avec lequel les liens étaient extrêmement forts, était un miraculé. Un jour, alors qu’il se rendait au Centre, Daniel s’était retrouvé derrière un van, avec un cheval à l’intérieur. Il n’a pas cherché à le dépasser, ce n’était pas un fou de vitesse. A un moment donné, le van a tourné. En direction des abattoirs. Daniel l’a alors suivi, s’est approché du conducteur une fois ce dernier arrêté. Et lui a acheté Corrado pour ne pas qu’il soit abattu.

J’étais présente les premières fois que Daniel l’a monté. Je ne suis pas une assez bonne cavalière pour m’y être risquée, mais avec du recul, je suis certaine que tout ce serait magnifiquement passé. Il était craintif Corrado à la robe brune. Il était méfiant, séquelles sans doute des coups qu’il avait reçus et dont on voyait les traces sur ses flancs. Il n’avait pas confiance en lui mais en son cavalier. Il était doux, intelligent, aimant.

Je le montais au moins une fois par semaine. Souvent bien plus. Il m’attendait au bord du champs, me raccompagnait à ma voiture. Collait sa grosse tête pleine d’écume dans mes cheveux.

Un au-revoir sous forme d’adieux

Lorsque je suis partie de Franche-Comté pour me rapprocher de l’Ours rencontré moins de 2 mois avant, je suis allée dire au-revoir à Daniel. Je ne montais plus beaucoup, j’avais la magistrature à préparer – à ce moment, je m’en croyais encore capable, mais j’avais toujours une immense tendresse pour cet homme qui m’avait ouvert sa passion avec autant de bienveillance. Je lui ai promis que je reviendrais, il m’a souri en sachant que cela serait difficile.

Il avait raison. Plusieurs mois après mon départ, son centre a fermé. je ne sais pas ce qu’il est devenu, ni où sont allés Dan, Stewball et Corrado, mon Corrado à la robe brune.

 

Stéphanie

 

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