la nuit je rêve

By | 11 octobre 2019

Ou comme le déclamait l’ami Bashung, je mens, du moins mon inconscient.

La nuit, tous les chats sont gris et mon oreiller transpire souvent lors de voyages oniriques fort peu maîtrisés.

La maîtrise, parlons-en, je la pratique tous les jours : être concentrée, être disponible, ne pas craquer, ne pas (trop) râler, être à l’écoute, être ouverte, tenter de manger sainement (ah ah ah), dormir tôt (1h00 c’est le matin tôt non ?), faire de l’exercice (serrer les dents, serrer les fesses, serrer les poings …) …. Bref, je suis beaucoup plus occupée à paraître qu’à vivre, le lot de beaucoup d’entre nous.

Alors la nuit …

La nuit, je vis.

Je n’ai plus de tabou, je n’ai plus de barrière, je n’ai plus … de maîtrise ! et mon subconscient, inconscient ou tout ce que tu-veux-en-scient en profite pour jouer avec mes peurs,  mes joies,  mes passions, mes tendresses et m’envoie des images avec la même force qu’une main dans la tronche après qu’une autre se soit posée sur un postérieur non consentant.

Bref, je rêve….

Après avoir vécu mon petit rituel de la peur de l’abandon la nuit précédente (dans des conditions dantesques, tu t’en doutes, avec cris, devant un parterre d’ami.e.s qui riaient, qui se gaussaient, qui pointaient leur index en un balai de guillotines promptes à me décapiter la confiance, dans une allée digne de la « Shame Avenue » de Game Of Thrones  – si tu me lis Mme B. sache que tu as su faire preuve de beaucoup d’originalité verbale !), cette nuit, j’ai découvert que je pouvais souffrir, émotionnellement, viscéralement, tragiquement de ce que je n’ai jamais vécu, et que je ne vivrai je l’espère jamais.

Mais j’ai découvert aussi que l’on pouvait posséder une réelle tendresse pour une personne dont on ne fait que lire les mots jetés ça et là, que l’image qui se créé inconsciemment de la femme qui se cache derrière les textes, peut  ressortir le temps d’un rêve aussi improbable que perturbant.

Bref, je te pose le décor : je suis avec l’ours, nous sommes dans une sorte de regroupement de personnes particulièrement émues, certaines pleurent, d’autres sont en colère, on sent des groupes se former, entre ceux qui semblent abandonner et ceux qui partent en guerre.

Toutes sont très bien habillées; Même l’ours porte un costume. Sans cravate (cela a beau être un rêve, il y a des choses sur lesquelles je ne transige pas !), mais un costume élégant. Gris perle. Quant à moi, j’ai l’impression de sortir de la douche, j’ai le cheveux trempés, je suis encore enveloppée d’une serviette, et comme cette dernière peine à recouvrir une conversation que j’ai aussi développée dans ma tête que dans mon corps, j’y ai collé un exemplaire de 20 minutes que je viens de récupérer en sortant du métro. Évidemment à la page des horoscopes (oui j’aime bien savoir ce que la journée ne me réservera pas). Cela ne choque personne de me voir affublée de la sorte, moi la première…

Les discussions sont houleuses, un homme monte à la tribune. il me rappelle vaguement quelqu’un. il s’agit de Ziad Takieddine (mais qu’estce qu’il fout là ???? ). Il nous informe savoir où sont nos maris, nos fils, nos filles. Et là c’est toute la détresse d’une mère qui m’envahit. Ma fille, ma petite, ma tornade, m’a été enlevée il y a 5 ans de cela par Boko Aram (j’arrête le pisse-mémère le soir ….). Je te promets, j’ai l’impression de ressentir la détresse de ces mères, le temps d’un cauchemar. Les gens réagissent autour comme pourraient réagir des victimes : certains, pleurent d’autres crient,  parfois ils se résignent en enlaçant leurs proches.

Moi je bouillonne. Je pleure à chaudes larmes le manque de ma fille. Ma moitié ne bouge pas. Il semble encaisser des montagnes d’émotions. Je ne sais même pas s’il arrive à respirer. Je crois entendre parler d’une opération militaire pour récupérer nos enfants. J’ai peur de ce qui a pu arriver à Solenn pendant ces 5 années. J’ai peur qu’elle m’en veuille de ne pas l’avoir sauver autant que je m’en veux, là, dans ce cauchemar.

Alors je prends mes clics, mes clacs, ma morve qui coule et mes yeux rougis et je m’enfonce dans la forêt qui borde la salle de conférence. Avec ma serviette toujours aussi savamment nouée et mes boobs toujours aussi bizarrement protégés, je marche sur un lit d’aiguilles de Pins. Cela ne m’apaise pas toutefois. Sauf qu’à un moment, c’est un bras qui se pose sur mes épaules et qui me parle du manque. Qui me parle de résilience. Qui me parle de sa vie, de sa place de femme, de son âge.

Je me sens apaisée cette fois.

je la regarde. Mémé Noblot est à côté de moi. Si tu ne la connais pas, je t’invite à découvrir sa page FB, ses écrits, ses coups de gueule. C’est écrit avec élégance, avec rage, avec grâce.

Cela fait un long moment que je la suis. Je la commente parfois. Elle me répond souvent. Elle fait partie de ces auteures que je me dois de découvrir. Comme une évidence.

Parfois, mon inconscient m’amène dans des sentiers que je n’aime pas, même s’il y a toujours un message à en tirer. Parfois, il m’amène en forêt rechercher le calme que la lecture m’offre souvent.

Stéphanie

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