galop à 12 sabots le temps d’un regard

By | 23 janvier 2018

Depuis la rentrée, je passe devant eux 4 fois par semaine.

Le temps d’un regard

Dès la première fois, elle a happé mon regard : son brun profond dans mon marron-vert, accroche fugace, le temps d’une accélération. Je dis « elle », j’ai décidé qu’elle était la mère. Je n’ai jamais eu la présence d’esprit de la regarder dans les testicules juste pour voir si elle en possédait,  alors sa robe bai a fait l’affaire : elle est devenue « Elle », et le restera.
Lui est plus grand, de peu, mais sa crinière vole souvent au dessus des oreilles de sa compagne. Plus curieux, il semble reconnaître ma voiture, je le vois dresser ses oreilles en ma direction  l’entame de la ligne droite. Ne riez pas, j’ai besoin de croire en la magie de ce moment, celui où je le vois se redresser en semblant me fixer de son regard empreint de force. Sa robe blanche est souvent tachetée de terre, stigmates de ruades que j’imagine passionnées.

Une famille unie

Ils sont toujours collés. Tantôt tête contre tête, parfois tête contre queue. Lors des dernières chaleurs de notre été indien, j’avais même l’impression que que son crin volait plus vite pour ne laisser aucune opportunité aux mouches voraces de se poser sur sa belle.

Les premiers temps, je ne t’avais pas remarqué. Je passais trop vite 55, 60, 70 km/h parfois. Et puis tu étais si petit, immobile. Je m’étais étonnée de l’écart, bien que modeste qui existait entre tes parents, et j’imaginais en souriant une dispute sur fond d’herbe mangée, de course perdue ou que sais-je : de quoi les chevaux peuvent ils s’offusquer ?

Et puis une après-midi est arrivée où j’ai aperçu un petit bout de museau, curieux, frémissant, humide de vie et de crainte. Je n’ai pas compris immédiatement ce que tu étais, ni même que tu étais. Au second passage, tes parents s’étaient un peu décalés et je t’ai alors découvert, mon petit mustang blanc tacheté de brun, doux mélange de tes deux ADN. Tu restais serré entre eux, levant une petite tête anxieuse au moindre bruissement.

Les semaines ont passé et tu grandissais. Pourtant, vous restiez tous les trois accolés, flans contre flanc. pendant près de 2 mois, je ne t’ai pas vu gambadé. Ni même marché. vous sembliez ne faire qu’un, une famille soudée, solidaire, se protégeant de l’extérieur. Puis tu t’es un peu enhardi. Je t’ai vu batifolé dans l’herbe. Une autre fois, tu tournais autour de tes parents, les incitant à entrer dans ta danse enfantine. Tu aimais à regarder la route de plus près, t’approchant prudemment de la barrière et reculant en te cabrant dès que je ralentissais.

Le manque

Depuis la rentrée, je continue de passer devant ce champs 4 fois par semaine. Mais depuis le début du mois, vous n’êtes plus là. Il a fait froid, la pluie a détrempé l’herbe. Il y a maintes et maintes raisons qui expliquent votre absence.

Mais je ne peux qu’imaginer le pire : malades, on vous a abattus. On vous a vendu, vous faites le bonheur  d’un quelconque cirque ambulant. Je voudrais vous imaginer libres, ivres de vie. Je voudrais croire en l’Homme autant que je crois en vous. 

Mais il y a un vide, devant ce champs qui l’est tout autant.

Vous n’êtes juste plus là.

 

Stéphanie

 

Image empruntée sur ce blog

 

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