Faire le deuil d’un troisième enfant ou la fin d’un cyle

By | 2 mars 2018

Il y a de cela 2 ans et demi, la talentueuse Claire du blog Egalimère publiait un article qui a l’époque m’avait bouleversée, sans toutefois que j’arrive à mettre des mots sur le malaise ressenti en le lisant, car je n’étais pas concernée directement. Cet article en effet faisait état de son impossibilité d’avoir un autre enfant du fait d’une ménopause précoce (qu’elle acceptait alors d’évoquer) et du sentiment étrange qui l’accompagnait, alors même qu’elle ne souhaitait plus agrandir sa famille pour des raisons que je comprends tellement : son âge, une organisation parentale bien huilée, des murs que l’on ne poussera pas (je vous laisse découvrir son article). Mais un malaise est bien présent, le deuil d’un troisième enfant.

Le choix du roi

Je suis une mère comblée. Un grand de 11 ans, une petite arrivée 7 ans et demi plus tard (nous l’aurions souhaitée un peu plus rapprochée de son frère, mais entre ce que l’on veut et ce que dame nature veut, il existe un gouffre de plus de 2 ans). Une famille complète, surtout si l’on y ajoute ma maman avec laquelle nous vivons et notre vieux chien qui termine sa vie qu’il a eu je l’espère heureuse.

Comme Claire, j’ai eu ma seconde à près de 40 ans. La grossesse n’a pas été simple, éprouvante, fatigante physiquement étant dans l’incapacité de manger quoi que ce soit de chaud (des salades pendant 9 mois, je vous jure que j’ai cru me transformer en lapin, toute végétarienne en devenir que j’étais à l’époque !), avec des insomnies dès les premières nuits de grossesse et des articulations au niveau de mes doigts qui triplaient de volume m’empêchant de me servir de mes mains plusieurs heures après mon lever.

La suite de notre vie à 4 a été très complexe, à tel point que tout n’est pas réglé encore. Avec une petite avec un RGO et une allergie aux protéines de lait animal détecté assez tardivement, les nuits sont devenues mon enfer, réduites à peau de chagrin. Ma première nuit complète? plus de 3 ans après sa naissance. Aujourd’hui encore, son sommeil (et le mien!) n’est pas un long fleuve tranquille. Avec cette petite que l’on a pu qualifier de BABI, rien n’a été simple. Aujourd’hui encore, nos relations sont complexes. Fusionnelles. Excessives. Tant de son point de vue que du mien. Mais je l’aime. Je les aime plus que tout et me sens complète avec eux.

Une réalité pas si claire

Pour toutes ses raisons, on m’a rapidement entendu dire « jamais plus ! », souvent en réaction à un manque de sommeil ou au passage de la tornade nommé Solenn. Objectivement, mon âge et l’aspect financier d’un autre enfant ont rapidement pesé dans la balance. J’étais au clair avec ce choix. J’étais sereine de cette décision. Enfin, je le croyais.

Aussi, lorsque j’ai appris une grossesse, ma réaction m’a surprise. Plus exactement déstabilisée. Je me suis sentie mal. Triste. Profondément triste et j’avoue ne pas avoir compris de suite ces émotions tellement intenses et décalées avec ce que je vivais. Je suis restée en apnée quelques heures, refusant de parler de ce malaise qui me déroutait. Ma tendre moitié qui me connaît tellement que cela me fait flipper, a fini par me lâcher son « ça va pas bichette » qui me désarme toujours autant. Et le sac s’est ouvert.

La fin d’un cycle ?

On n’aura plus jamais d’enfant. Dans un sanglot, c’est sorti comme ça, froidement. Tu voudrais un troisième enfant? tu veux qu’on en parle? Les sanglots ont redoublé. Ce n’est pas envisageable, j’ai dit. Je ne pourrais pas supporter une autre grossesse et je pense même que cela n’est physiologiquement plus possible. Alors?

Alors je ne sais pas ! Alors je voudrais avoir le choix de dire je ne veux plus, je voudrais pouvoir bouder ce plaisir et non le voir me bouder. Alors, je voudrais encore penser que je le peux. Alors…. Alors tu ne veux peut-être pas vieillir?

Je suis restée muette. Je ne me suis jamais posée cette question, car je n’ai jamais eu de problème avec le vieillissement. Si passer le cap des 40 bougies a été compliqué, cela n’était pas à cause de la peur de la pomme ridée, mais plus par rapport à tout ce que je n’avais pas réalisé. bref, rien à voir. Mais je pense que ma moitié n’était pas tombée si loin …

Dans quelques jours, ma petite aura 4 ans. Et je réalise doucement que ce seront là les derniers 4 ans que je fêterai pour l’un de mes enfants. Mon grand prend son envol doucement, ma petite est douée pour trouver une autonomie même lorsque cela ne s’y prête guère. Et moi je ne suis pas prête à cela. Tout en leur offrant un maximum de liberté (surveillée, faut pas non plus déconner), j’ai ce sentiment de perdre une partie de moi, de ne plus savoir exister sans … sans je ne sais pas quoi, mais sans.

Aujourd’hui, je bénis chaque jour de les avoir à mes côtés. Même si il y a encore des cris, des pleurs et encore et toujours des doutes. Je culpabilise de ce ressenti, compte tenu de la chance que la vie m’a donné de les avoir, là où bien des parents sont en souffrance. Mais culpabiliser ne rend pas cette souffrance moins importante, au contraire.

Il reste cette petite pointe, là, au fond du cœur, au fond des tripes.

Vais-je réussir toujours à être sans pouvoir?

 

Stéphanie

 

PS : j’ai conscience de l’aspect décousu de cet article, mais il fallait qu’il sorte. Parce que cette petite pointe au fond des tripes et du cœur, ça fait mal quand même. Parfois. Même si cela passera.

 

 

 

 

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5 thoughts on “Faire le deuil d’un troisième enfant ou la fin d’un cyle

    1. Stéphanie Post author

      je e souviens de la lecture de ton article comme si c’était hier … <3 <3 <3

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  1. Marionle6tron

    Je m’étais toujours dit j’aurai mon second avant 35 ans, voire j’aurai pu remettre le couvert direct apres Crapaud… la vie dans tout ce qu’elle a de plus fou a fait que ça ne s’est pas passé comme ça… j’ai passé 36 ans, si à la fin de l’année cet enfant n’est pas là ou en route je renoncerai à ce désir qui me vrille le corps parce que je ne sais pas si j’en serai capable et même là je suis pas sure que ce soit une bonne idée mais je ne peux pas renoncer, pas encore, je ne suis pas prête ! (J’en parle ici car personne de mon entourage te suit parce que personne n’est au courant qu’on essaie autour de nous)

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    1. Stéphanie Post author

      oh mon citron… Le plus difficile est de savoir si l’on est prête ou pas alors qu’objectivement l’est-on réellement un jour si l’envie aussi ténue soit-elle est là… :-*

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  2. Pingback: Une petite réflexion sur mon précédent article - ras le blog

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