Cauchemar d’une vie

By | 21 décembre 2018

Cette nuit, j’ai fait un cauchemar.

Habituel me direz-vous. Un vampire, la disparition de tes enfants, des araignées, l’avion… Mon subconscient ne manque absolument pas de sujet quand il s’agit de pourrir mes nuits. Mais ce genre de rêves passent en général aussi vite qu’ils sont venus. Une fois le cœur revenu à un rythme acceptable, une fois le soleil levé, une fois la routine installée. Ne subsistent que quelques lambeaux d’angoisse qui s’effilochent au fur et à mesure des heures qui s’écoulent.

Mais pas toujours. Il y a des rêves qui sont plus qu’un simple tour d’une imagination un peu trop fertile. Qui sont le reflet de nos peurs les plus profondes. Les plus sournoises.

Et c’est dans ce genre de songe que je me suis retrouvée empêtrée cette nuit.

Une descente aux enfers

Nous étions aujourd’hui, je me rendais au travail. Comme aujourd’hui j’étais sur mon ordinateur, en attente de mes collègues pour une journée placée sous le signe de l’équipe.

Comme ce qui est prévu aujourd’hui.

La directrice adjointe, pour laquelle j’ai une certaine tendresse arrive alors, furieuse, claque la porte de la cuisine, située en face de mon bureau.

Comme dans la vraie vie.

J’entends des cris. Je la rejoins. Elle me gifle, balance des chaises, m’insulte. je ne comprends pas, j’essaie de la calmer, je parle doucement, je ressens une souffrance que je ne comprends pas.

Puis sa rage s’arrête.

Elle me regarde et froidement me dit de dégager. Que je suis licenciée. Virée. Pour incompétence. Que je n’ai même pas le niveau d’un chiotte. Que je ne suis rien.

Je suis sidérée, je ne comprends pas. Ma directrice arrive alors et elle rit, encore et encore. Elles s’étreignent, se tapent dans les mains. « on a réussi, enfin, elle se barre ».

Je vais dans mon bureau, prends mon sac. Arrive alors S.,  ma panthère, doux mélange de calme et de folie. Elle aussi se met à rire et me crache au visage. Je traverse le couloir qui ressemble alors à un chemin de honte. De part et d’autre, elles applaudissent, se congratulent. Je prends un filtre à café rempli de marc froid dans le dos.

Je m’enfuis.

l’angoisse commence à monter, physiquement j’ai mal. Je me retrouve dans un parking, que je ne connais pas. J’appelle alors l’Ours, en larmes. Ce dernier m’explique dans un cri qu’il ne veut pas de moi, qu’il ne m’entretiendra pas. Que si je n’ai pas su garder un emploi, je ne saurai davantage garder son amour. Que je ne reverrai jamais mes enfants, je ne suis pas une bonne mère, je les détruis jour après jour. Que ma place est dans la rue, assurément, là où se développe les orties et les gratte-cul (j’adore l’églantine, mais plutôt en confiture cela étant).

Je prends pas voiture et me précipite chez moi. Je dois voir mamoune, je veux qu’elle me prenne dans ses bras, qu’elle me dise qu’elle ne me laissera pas. Elle m’accueille d’une gifle monstrueuse. M’explique que je lui ai gâché la vie dès ma naissance et qu’enfin, elle va pouvoir s’épanouir en sachant que je ne suis plus rien.

Je sens la colère qui monte, reprends ma voiture et me dirige vers l’école pour chercher ma fille. j’ai besoin de sentir sa joie, sa colère, sa tendresse, ses rires, ses cris. j’ai besoin de sentir que l’on tellement semblable qu’elle me comprendra, qu’elle ne me laissera pas.

Devant le portail, sa maîtresse m’attend, la tornade accrochée à ses jambes. Ne t’approche pas, la police est appelée. Tu lui as fait assez de mal, tu es une personne néfaste, je regrette, si tu savais comme je regrette, va-t-en.

Je me retrouve dans un hôtel miteux, je ne sais même pas où, ni comment. Un chambre aux draps crasseux. Et Il est là, à m’attendre, en slip (la vision d’horreur quoi !). Le géniteur. Tu es comme moi, la boucle est bouclée, sale merde.

Et après ???

Je me suis réveillée en sursaut, littéralement dressée sur le lit. A côté de moi, Solenn gigote, se tourne et m’enlace (oui, j’ai dormi avec elle, maigre concession pour que ma sortie d’hier ne se transforme pas en drame interplanétaire, dans la mesure où l’ours n’était pas là non plus). Il me reste 15 cm de place, j’ai un pied au sol tel un tuteur pour ne pas me retrouver les fesses par terre. Et je pleure, je pleure, je pleure. Il est 4h15, je ne vais pas refermer l’œil.

Tout le long de la route, ce matin, j’ai pleuré. Je me sens vidée.

Là, j’attends dans mon bureau, j’écris (ce que certains considéreront comme de l’indécence de déballer ce genre de chose à la vue de tous. Peu importe, faut que cela sorte), j’attends que mes collègues et amies arrivent.

Psy de comptoir

pas la peine d’avoir fait 15 ans d’étude pour comprendre les peurs qui resurgissent : peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur, peur de l’abandon. Merci ma psy d’avoir passé plusieurs années à me le faire comprendre. (Et régulièrement, je boudais quand elle me faisait ces remarques. C’est bien, votre enfant intérieur s’exprime me renvoyait-elle en souriant. Dans ces moments, j’ai eu envie maintes fois de lui tirer la langue….).

Simplement, là, aujourd’hui, cher subconscient, je trouve que c’était un peu trop, dans un seul rêve, tu vois. Les messages je veux bien les entendre. je veux même essayer de changer, je te l’ai prouvé à maintes reprises. Mais pas tout d’un coup comme ça.

Tu t’en souviendras pour l’année à venir ? D’accord ?

Merci d’avance.

Stéphanie

 

 

5 thoughts on “Cauchemar d’une vie

  1. Egalimère

    Et bien tu m’étonnes que tu te sentes mal après un cauchemar pareil ! Allez viens, moi je t’ouvre très grand mes bras et je te serre très très fort pour faire partir ces mauvais rêves.

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    1. Stéphanie Post author

      merci CLaire … Je crois que j’en aurais bien eu besoin cette nuit, même si la spontanéité de ma fille m’aura fait un bien fou …

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  2. Carole

    Oh Stéphanie!!! si Solenn est si malicieuse, intelligente, bien dans sa peau, c est qu elle a forcément une super maman, aimante, patiente, géniale. Je n.en doute pas.

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  3. Pingback: Mes Etats d’esprit du Vendredi #25 – Ras le Blog

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